ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 8, N°003/Décembre 2022 - 38
DISCUSSION
Le Syndrome d’Activation Macrophagique est une
affection sévère liée à un dysfonctionnement
immunitaire. Le déficit en perforine retrouvé chez les
Lymphocytes Natural Killer et l’hyperporduction des
interleukines (IL1, 6, 8, 10 et 12), des Tumor Necrosing
Factor-Alpha entraînent un orage cytokinique avec
réponse dysproportionnée des macrophages à type
d’hémophagocytose dirigée contre les précurseurs
médullaires et les cellules sanguines[17]. Ce qui
explique souvent le caractère bruyant du tableau clinique
que présentent les patients [4,18,19]. Dans notre série,
83,5% des patients étaient suivis en milieu hospitalier,
ce qui témoigne de la gravité de leur état. Ces données
corroborent celles de Grange en France et Strauss en
Allemagne qui estiment que le SAM est une affection
sévère d’évolution imprévisible [20,21]. La mortalité
élevée qui y est associée nécessite un suivi méticuleux
des patients en milieu hospitaliser et aux soins intensifs
en l’occurrence [4,13,20,22]. L’âge moyen des patients
était de 26 ± 20,43 ans dans notre série, avec des
extrêmes de 2 et 70 ans. Des moyennes d’âges beaucoup
plus élevées sont rapportées par d’autres auteurs
[15,20,21]. Cela reflète les caractéristiques
démographiques de leurs pays d’appartenance. La
République Centrafricaine a une population jeune et les
maladies infectieuses reconnues comme facteurs
déclenchants du SAM affectent les patients très jeunes
[3,12]. Du fait de l’hémophagocytose et de l’orage
cytokinique, les thrombopénies sont quasi-constantes
souvent associées à une anémie ou une leucopénie
[3,7,20,21,23]. Les pancytopénies sont également
courantes, surtout chez des patients suivis aux soins
intensifs. Dans notre série, 87,50% des patients avaient
présenté une thrombopénie. Une telle proportion est
rapportée par d’autres auteurs [10,20,21]. Ce qui
démontre l’importance du suivi des paramètres
hématologiques chez des patients pris en charge aux
soins intensifs dans des tableaux se sepsis où 64% des
thrombopénies rapportées par certains auteurs
[12,16,23], sont associées au SAM. Elles peuvent
s’aggraver en quelques jours et évoluer très rapidement
vers une pancytopénie. L’anémie souvent normochrome
est d’installation tardive [3,23,24]. Dans la littérature, la
prévalence du SAM en Afrique subsaharienne n’est pas
connue [16,18,24]. Dans notre étude, les SAM
représentaient 51,89 % de diagnostics cytologiques des
myélogrammes réalisés. Cette proportion est de 32,7%
pour Strauss et al et 23% pour Grange et al [20,21]. La
prévalence beaucoup plus élevée dans notre série reflète
la réalité de notre écosystème. En effet, outre les SAM
dits primitifs associés aux facteurs génétiques, les SAM
secondaires retrouvés chez l’adulte sont d’étiologies
souvent infectieuses. Etant donné la prédominance des
infections virales pouvant déclencher
l’hémophagocytose dans un contexte de persistance
d’agent pathogène et de troubles d’immunorégulations,
nous pouvons nous demander quelles seraient les
implications du SARS-CoV-2, agent de la COVID-19
dans cette hausse du nombre de cas de SAM rapportés
[13,25] durant la première vague pandémique. Même si
la Reverse Transcriptase Polymerase Chain Reaction
(RT-PCR) n’a pas été systématiquement demandée chez
ces patients, nous ne pourrons exclure le rôle de ce virus
fréquemment associé à de orages cytokiniques, bien
qu’aucun auteur à ce jour l’ait associé au SAM. Parmi
les étiologies infectieuses figure le Mycobacterium
tuberculosis déjà rapporté par certains auteurs aux Etats-
Unis, en Europe et en Afrique [12,14,15,26]. Dans notre
série, trois cas de tuberculose ont été retrouvés. De par
sa persistance dans des macrophages qu’il infecte et la
dysrégulation immunitaire impactant les Lymphocytes T
Helper 1, l’implication du M Mycobacterium
tuberculosis est connue [15]. Dans notre série, les
patients étaient déjà suivis, mis sous traitements adaptés
et le déclenchement du SAM serait probablement lié à
une restauration immunitaire. L’instauration d’un
traitement immunosuppresseur en plus de la poursuite
du traitement de première ligne a amélioré leur
pronostic. Ce qui rappelle la nécessité de suivi des
patients sous traitement antituberculeux dans le but de
détecter rapidement une éventuelle complication dont le
SAM [10,27]. La notion de transfusion sanguine était
retrouvée chez tous les patients. Ces données
corroborent celles de Strauss et al. La piste
immunologique est privilégiée puisqu’en dehors du
Centre National de Transfusion Sanguine et du
Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé
Publique, le phénotypage complet n’est pas réalisé dans
nos laboratoires, faisant que le bilan pré transfusionnel
se limite au strict minimum. Dans ce contexte, des
accidents transfusionnels induits par des agglutinines
irrégulières peuvent survenir avec des conséquences
inattendues. Mais il ne faut pas ignorer que des images
d’hémophagocytoses peuvent être retrouvées dans la
moelle de patients transfusés ou des patients porteurs
d’infection bactérienne sans lien avec le SAM [3,12,28].
CONCLUSION
Cette étude bien que limitée aux bilans hématologiques
et cytologiques, a permis de déterminer la proportion des
SAM chez des patients ayant bénéficié du myélogramme
au LNBCSP. Cette affection grave également associée
aux leucémies aiguës lymphoblastiques et à la
tuberculose est retrouvée chez tous les patients
transfusés. Ce qui suscite des interrogations sur
l’implication du Mycobacterium tuberculosis dans la
survenue des SAM dans notre contrée. Les paramètres
biologiques complets auraient pu aider à établir les
critères de dépistage du SAM adaptés au contexte local,
d’où la nécessité de réaliser une étude plus
représentative incluant plus d’outils de diagnostic et de
suivi clinique et biologique des patients afin d’étayer des
réponses aux interrogations soulevées.
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