ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 8, N°003/Décembre 2022 - 4
ARTICLE ORIGINAL
Profil sociodémographique et clinique du pityriasis rosé de Gibert au Centre National
Hospitalier Universitaire de Bangui
Sociodemographic and clinical profile of pytiriasis rosea at Centre National Hospitalier
Universitaire de Bangui
Peggy Mboli-Goumba Guérendo1, Falmata Lenguébanga Gabouga1, Bénédicte Yassingou Mawa1, Grace Dibéré
Kamba1, Ornella Pacelli Wandet Kon-Dissoh1, Marcel Mbéko Simaléko2, Léon Kobangué Grènguéto1,3.
1. Service de dermatologie-Vénérologie du Centre National Hospitalo-Universitaire de Bangui (CNHUB).
2. Département de santé Publique de la Faculté des Sciences de la santé de l’Université de Bangui.
3. Département Essais Cliniques, CERPHAMETA, Université de Bangui.
Auteur correspondant : Dr Peggy Mboli-Goumba Guérendo ; Tél : 75505010 ; E-mail : pguerendo@yahoo.com
Reçu le 11/07/2022 ; Accepté le 21/09/2022
RESUME
Introduction : Le pityriasis rosé de Gibert (PRG) est
une dermatose érythémato-squameuse de l’adulte
jeune, d’étiologie obscure qui guérit spontanément en
4 à 6 semaines.
Objectif : Décrire les aspects sociodémographiques
et cliniques du PRG afin de contribuer à une meilleure
prise en charge.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
transversale, d’une durée de trois ans, menée du 1er
janvier 2018 au 31 décembre 2020, incluant les cas de
PRG diagnostiqués dans le service de dermatologie-
vénérologie du CNHU de Bangui (CNHUB). Les
données étaient saisies et analysées à l’aide des
logiciels Excel et EPI info.
Résultats : Sur les 5925 patients ayant consulté, 62
(1,04%) avaient un PRG. Il s’agissait de 18 hommes
(29%) et 44 femmes (71%). Le sex-ratio était de 0,40.
L’âge moyen était de 16,8 ans (extrêmes : 2 et 37
ans). Les tranches d’âge les plus touchées étaient
celles de 11 à 20 ans, 38,7% et de 1 à 10 ans, 29,1%.
Les élèves/étudiants étaient atteints dans 52 cas
(83,9%). Les patients résidaient à Bangui dans 61 cas
(98,4%). Le délai de consultation était supérieur à 7
jours dans 52 cas (83,9%). Aucun antécédent médical
n’était noté dans 53 cas (85,5%). Les antécédents
allergiques étaient retrouvés dans 4 cas (12,9%). Dans
49 cas (79,0%), un traitement antérieur était reçu.
Aucune pathologie précédant la symptomatologie
n’était notée dans 57 cas (91,9%). Le prurit était
retrouvé dans 39 cas (62,9%). L’examen cutané
retrouvait le médaillon initial dans 13 cas (21,0%).
L’éruption érythémato-squameuse secondaire était
visible dans 57 cas (92%).
Conclusion : Le PRG est fréquent chez l’enfant et
l’adolescent. Ses caractéristiques doivent être
également connues des Pédiatres.
Mots-clés : Pityriasis rosé de Gibert, épidémiologie,
clinique.
ABSTRACT
Introduction: Pytiriasis rosea (PR) is a scaly
erythematous skin condition of the young adult, from
an obscure etiology, which heals spontaneously in 4
to 6 weeks.
Objective: To describe the sociodemographic and
clinical aspects of PR in order to contribute to a better
care.
Patients and methods: It was a cross-sectional study
of 3 years, conducted from January 1st 2018 to
December 31st 2020, including all cases of PR
diagnosed in the dermatology venereology unit of the
CNHU of Bangui (CNHUB). Data were entered and
analyzed using Excel and EPI Info software.
Results: Among the 5925 patients seen, 62 (i.e
1.04%) had PR. There were 18 males (i.e 29%) and
44 female (71%). The sex ratio was 0.40. The mean
age was 16.8 years (extremes: 2 and 37 years). The
most affected age groups were those from 11 to 20
years in 24 cases, 38.7% and from 1 to 10 years in 18
cases, 29.1%. Highschoolers/college Students were
affected in 52 cases (83.9%). Patients were living in
Bangui in 61 cases (98.4%). Delay to consultation
was higher than 7 days in 52 cases (83.9%). No
medical history was noted in 53 cases (85.5%).
Previous allergies were found in 4 cases (12.9%). In
49 cases (79.0%), a previous treatment was received.
No pathology preceding the symptoms was noted in
57 cases (91.9%). Pruritus was found in 39 cases
(62.9%). The skin examination found the initial
medallion in 13 cases (21.0%). The secondary scaly
erythematous eruption was visible in 57 cases (92%).
Conclusion: PR is frequent among children and
adolescents. Its characteristics should be also known
by Pediatricians.
Keywords: pityriasis rosea, epidemiology, clinic.
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INTRODUCTION
Les maladies de peau constituent un problème de
santé dans les pays en voie développement [1]. Une
grande partie de ces pays n’a pourtant pas de
dermatologues en nombre suffisant. En Afrique, la
situation est critique car le ratio
Dermatologues/Population est extrêmement bas, et se
situe entre 1 pour 500.000 à 1 million d’habitants [2].
La République Centrafricaine ne compte que trois
Dermatologues. Cela occasionne une faible
couverture en soins dermatologiques pour la
population [3]. Environ 30% des patients reçus dans
les centres de soins en Afrique souffrent de maladies
de la peau [3]. Certaines sont chroniques avec un
impact sur la qualité de vie des patients. Il est donc
primordial de les reconnaître. Le pityriasis rose de
Gibert est une dermatose érythémateuse,
spontanément résolutive d’étiologie inconnue.
Malgré cela, des agents infectieux sont considérés
comme responsables de sa pathogénie. Le rôle du
Human papilloma virus 7 (HHV7) était démontré
pour la 1ère fois par Drago et al en 1997 [4]. Il s’agit
d’une dermatose cosmopolite qui représente 0,16 à
0,67% des consultations dermatologiques au
Royaume Uni, en Inde, au Soudan et chez les enfants
au Koweït [5]. En République Démocratique du
Congo, le PRG était classé parmi les dermatoses
infectieuses dont il représentait 8,2% [6]. Les
variations d’incidence, les cas de PRG dans
l’entourage des patients, l’atteinte de certains groupes
professionnels, les prodromes pseudogrippaux et la
rareté des récurrences plaident effectivement pour
une cause infectieuse notamment virale comme le
virus de l’hépatite B (VHB) [3], les virus HHV6 et
HHV7 [4]. Sur le plan clinique, la forme typique du
PRG se présente comme une éruption maculo-
papuleuse, érythémato-squameuse du tronc et de la
partie proximale des membres [7]. Dans 15 à 90% des
cas, le PRG débute par un médaillon initial herald
patch ») discrètement papuleux, érythémateux de 2 à
10 cm de diamètre à bords squameux. Les lésions
secondaires prennent la forme d’un sapin de Noël le
long des lignes de Langer dans le dos [4]. Le manque
de données relatives au PRG en République
Centrafricaine a justifié notre étude. L’objectif fixé
était de décrire les aspects sociodémographiques et
cliniques du PRG afin de contribuer à une meilleure
prise en charge.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude tranversale à visée
descriptive avec un recueil rétrospectif des données,
d’une durée de 3 ans menée du 1er janvier 2018 au 31
décembre 2020. Elle avait porté sur tous les dossiers
de patients des deux sexes, de tout âge ayant consulté
dans le service de Dermatologie-vénérologie du
Centre National Hospitalier Universitaire de Bangui
(CNHUB), pendant la période d’étude, chez lesquels
le diagnostic de PRG était retenu. Le diagnostic de
PRG était retenu essentiellement sur la base
d’arguments cliniques. Les données
sociodémographiques (âge, profession, provenance)
et cliniques (antécédents médicaux, délai
d’apparition, manifestations cliniques) ont été
recueillies à partir du registre de consultation et des
dossiers des patients, consignés sur une fiche
d’enquête à administration directe. Les données ont
été saisies et analysées à l’aide des logiciels Excel et
Epi Info 7.
RESULTATS
Données sociodémographiques
Fréquence
Pendant la période d’étude, 5925 patients avaient
consulté au service de Dermatologie et Vénérologie
du CNHUB, parmi lesquels 62 patients (1,1%)
diagnostiqués avaient le PRG.
Age
L’âge moyen était de 16,8 ans avec des extrêmes de 2
et 37 ans (tableau I).
Tableau I : répartition selon l’âge
Tranches d’âge
Effectif
Fréquence (%)
1 à 10 ans
18
29,1
11 à 20 ans
24
38,7
21 à 30 ans
16
25,8
31 à 40 ans
4
6,4
Total
62
100
Sexe
Parmi les 62 patients, on comptait 44 femmes (71%)
et 18 hommes (29%). Le sex-ratio était de 0,40.
Profession
Les éléèves étudiants étaient les plus représentés
(tableau II).
Tableau II : Répartition selon la profession
Profession
Effectif
Fréquence
Elèves/étudiants
52
83,9
Secteur informel
6
9,7
Sans emploi
3
4,8
Fonctionnaires
1
1,6
Total
62
100
Provenance
Soixante et un patients (98,4%) résidaient à Bangui.
Un patient (1,6%) venait de province.
Données cliniques
Plus des ¾ des patients n’avaient aucun antécédent
médical (tableau III).
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Tableau III : antécédents médicaux
Antécédents
Fréquence
Aucun
85,5
Non précisé
8,1
Asthme
4,8
Allergie
1,6
Total
100
Le délai de consultation était inférieur à 7 jours pour
3 patients (4,8%), supérieur à 7 jours pour 52 patients
(83,9%) et non précisé pour 7 patients (11,3%).
La symptomatologie était dominée par le prurit
(62,9%). Les patients n’avaient pas décrit le
médaillon initial dans 79% des cas. Chez les patients
ayant présenté un médaillon initial, la localisation
était les membres dans 5 cas (8,1%), le tronc dans 4
cas (6,4%) (Image 1), le cou et la tête dans 4 cas
(6,4%).
L’éruption cutanée secondaire était présente chez 57
patients (97%).
Image 1 : lésions maculo-papuleuses et
érythémateuses chez un patient de 45 ans présentant
un PRG. (Source : Service de dermatologie-
vénérologie au CNHUB).
DISCUSSION
La fréquence du PRG (1,1%) rapportée dans notre
étude est inférieure à celle observée par Agbessi et al
à Parakou au Bénin [8], et de Seudjip et al à Kinshasa
[6], qui est respectivement de 2,36% et 8,2% sur une
durée identique de 3 ans [8]. La différence de
méthodologie pourrait expliquer ces résultats. Chuh
et al en analysant les travaux sur la fréquence de PRG
en Afrique, en Amérique, en Asie et en Europe,
avaient rapporté qu’elle varie entre 0,39 à 4,80% [9].
Le fait que le PRG est une dermatose bénigne qui
guérit spontanément, pourrait justifier le faible
nombre de patient consultant pour cette affection
[5,8]. L’âge moyen des patients de 16,8 ans est
inférieur à celui de Agbessi et al à Parakou [8] ainsi
que celui de Ganguly dans le sud de l’Inde [10], qui
sont respectivement de 19,58 ans et 20,32 ans. La
fréquence élevée du PRG chez les enfants et les
adultes jeunes dans notre étude corrobore les données
de la littérature [8,10-13]. La prédominance féminine
du PRG rapportée dans notre étude (71%) était
également observée par Seudjip et al à Kinshasa [6],
Yuksel en Turquie [4], Kumar et al en Inde [13] et
Agbessi et al à Parakou [8]. Cependant, Ganguly dans
le Sud de l’Inde avait rapporté une prédominance
masculine [10]. D’après Rebora et al [14], il n’existe
aucune différence statistiquement significative entre
les deux sexes, même si une prédominance féminine
était observée. Sur le plan clinique, aucun prodrome
ni antécédent pathologique particulier n’était déclaré
chez la majorité des patients (85,5%). Par contre, la
notion d’atopie existait dans 6,4% des cas. Les
prodromes étant souvent mineurs ou apparaissant
longtemps avant les signes cutanés. Le patient peut ne
pas les relever dans l’histoire de la maladie sauf si
l’interrogatoire est bien mené [15]. L’atopie a été
citée comme un facteur prédisposant ou une cause du
pityriasis rosé de Gibert [8,15]. Le délai de
consultation au-delà de 7 jours peut s’expliquer par
l’absence fréquente de signe fonctionnel et
l’évolution bénigne du PRG. La fréquence élevée du
prurit (62,9%), retrouvée dans notre étude est
similaire à celle rapportée par Agbessi et al à Parakou
[8], ainsi que Traoré et al à Ouagadougou [16]. Ces
derniers ont trouvé une fréquence respectivement de
68,11% et 61,1% des cas. Le médaillon initial est
passé inaperçu dans 79% des cas, comme dans l’étude
de Kumar et al, qui a noté une absence de médaillon
initial dans 60% des cas. Lorsqu’il était retrouvé, il
siégeait au niveau du tronc, des membres, du cou et
de la tête. Traoré et al ont noté une prédominance du
médaillon initial aux membres supérieurs [16]. Pour
Agbessi et al, la lésion initiale se retrouvait au tronc
dans 39,13% des cas [8]. L’éruption cutanée
secondaire était présente dans 97% des cas comme le
montre l’étude de Traoré et al [16].
CONCLUSION
Le PRG est une pathologie bénigne assez fréquente à
Bangui. Elle touche les sujets jeunes souvent de sexe
féminin. La manifestation clinique la plus fréquente
est le prurit qui doit amener le personnel de santé à
rechercher au cours de l’interrogatoire la survenue de
médaillon initial qui permet d’affirmer le diagnostic.
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